En vrac – Rabagliati, Delisle et un brin de théâtre

Les Paul de Michel Rabagliati

Paul à Québec, Paul a un travail d’été, Paul à la pêche, Paul en appartement

Ça fait un sacré bail que je veux lire la série de romans graphiques de M. Rabagliati. Hé bien, après avoir lu Paul à Québec, je les ai (presque, ne me manque que Paul au parc) tous dévorés. Michel Rabagliati a le don de mettre le doigt sur les éléments cruciaux de la vie, puis de les faire vivre à son personnage de Paul de façon absolument délicieuse. Les fous rires que j’ai eus en lisant Paul a un travail d’été (dans lequel Paul obtient un poste de moniteur dans un camp de vacances)!

En plus, ça se lit d’une traite, une heure, une heure et demie et vous avez terminé chaque épisode. Autre élément intéressant : étant donné que la plupart des Paul sont parus depuis un bon moment, vous pouvez les réserver à la bibliothèque et vous devriez les recevoir assez rapidement.

 

Chroniques de Jérusalem

Guy Delisle se promène de par le monde depuis quelques années. Au fil du temps, il nous a présenté la Birmanie, la Corée du Nord et Shenzen. Cette fois-ci, nous avons droit à une incursion dans la vie hiérosolymitaine (la conjointe de M. Delisle se rendant à Jérusalem pour le travail).

La beauté du livre (et des précédents), c’est qu’on découvre la ville avec le personnage/auteur. On comprend tous ses dépaysements, ses réflexions, ses questionnements et ses frustrations. On s’identifie très fortement au personnage (un Occidental qui n’a jamais mis les pieds à Jérusalem et qui se pose tout plein de questions qu’on se poserait probablement aussi), tout en étant complètement émerveillé grâce à ses explications. À défaut de voyager pour vrai, ça nous permet de mieux connaître un coin du monde débordant d’histoire. En bonus, ça donne énormément envie de lever les pattes… on a des fourmis dans les jambes en terminant cette lecture!

*Grâce à Chroniques de Jérusalem, Guy Delisle a remporté le Fauve d’Or, qui récompense le meilleur album au Festival de la bande dessinée d’Angoulême.

Orphelins à La Licorne

Adaptation d’une pièce britannique, Orphelins raconte l’histoire d’un frère et d’une soeur, ainsi que celle d’un couple. Au fur et à mesure que la pièce se découd sous nos yeux, la psychologie des personnages devient de plus en plus apparente.

C’est une pièce qui aborde de façon assez confrontante la tolérance, la (mé)connaissance que l’on a les uns des autres, de même que les limites de ce qu’on est capables d’accepter en tant qu’individu.

J’ai beaucoup aimé cette pièce, même si quelque chose pourrait être éclairci dans l’expression des personnages, du moins à mon sens.

Étienne Pilon tient ici un rôle solide, où il démontre toute l’étendue de son talent.

Jusqu’au 18 février à La Licorne.

*Avec surtitres anglais les 10 et 17 février.

Publicités

L’affiche : température ressentie = -8

La mise en scène de L’affiche (écrite et mise en scène par Philippe Ducros), présentée à Espace libre jusqu’au 26 novembre, est très efficace. Objets multifonctionnels, usage intelligent de fruits, comédiens qui se dédoublent selon les besoins de la pièce, et j’en passe.

La pièce démontre excessivement bien la douleur vécue par les Palestiniens. Difficile de douter de l’authenticité du désespoir présenté dans ce spectacle.

C’est vrai que cette guerre est affreuse. Il est vrai, aussi, qu’on n’en parle pas assez, comme dans le cas de pas mal toutes les guerres du monde d’ailleurs.

Quelle tristesse de constater que l’humanité préfère s’exproprier que de trouver un moyen de cohabiter paisiblement. Quelle horreur d’admettre que l’humanité ne fait que répéter les atrocités qu’elle se fait subir, d’un peuple à l’autre, d’une génération à l’autre.

Quel chagrin.

Chaque jour : le psychopathe, la bonnasse et la TOC sadique

Je suis allée voir Chaque jour à La licorne ce soir. Ça ne faisait pas cinq minutes que la pièce était commencée quand la copine avec qui j’y étais m’a glissé à l’oreille : « ouais ben, ça va être long… »

Pour citer René-Richard Cyr, le théâtre, quand c’est plate, c’est plate longtemps. La recette du jour pour concocter une pièce qui semblera interminable à la majorité de ses semblables? Des personnages antipathiques ou auxquels on peut difficilement s’identifier, un message qui n’arrive jamais… et beaucoup, beaucoup, beaucoup de violence psychologique.

Même si la chronologie n’est pas respectée dans la pièce, on comprend rapidement que Lucie est payée pour aller nourrir le chat de sa patronne et que Joe, le psychopathe qui prétend être son chum et qui la traite comme de la merde, a décidé de profiter de cette maison de riche.

Lucie, quand elle se fait traiter d’épaisse et même quand elle se fait frapper, elle s’excuse. Tellement que ça en devient gênant, on a envie de lui dire de se pousser, pauvre petite.

La patronne, lorsqu’elle arrive dans le portrait, ressemble à une Desperate Housewive sur le 220. Elle est juste folle.

On a beau retourner ça encore et encore dans notre tête, on ne comprend pas le sens de cette pièce, qui finit par tout simplement nous torturer.

Si au moins on arrivait à expliquer pourquoi Lucie accepte de se laisser traiter comme de la merde. Est-ce que c’est parce qu’elle est habituée de se faire traiter de tous les noms? Elle pense qu’elle ne trouvera jamais quelqu’un qui la traitera bien, qui l’aimera? Alors elle reste avec cet enfoiré de première qui, au moins, est capable de lui faire des cunnis quand elle le désire?

Mais rien n’est expliqué… alors il ne reste que ça. De la violence psychologique gratuite. Insupportable, qui peut rappeler des mauvais souvenirs. Le hic, c’est qu’on n’a nul besoin d’aller au théâtre pour être témoins de violence psychologique. On n’a qu’à regarder n’importe quelle minute d’Occupation double ou de simili-concours du genre pour voir des douchebags humilier une fille. Ou une pimbêche rabrouer un sosie de M. Net. On le sait déjà, que notre société regorge de narcissiques et de psychopathes. Si la pièce de théâtre ne peut même pas nous amener une piste de solution, ni même de compréhension, ni même de divertissement (ce qui serait déjà mieux que rien), elle perd sa raison d’être. Non?

Blackbird : en reprise chez Prospero

Une jeune fille de douze ans. Un homme de 40 ans. Une histoire, deux perceptions. Une confrontation, des années après la liaison. Émotions [fortes] humaines.

Gabriel Arcand au sommet de son art.

Quelques mots pour attirer votre attention sur Blackbird, pièce de théâtre plus que digne de mention! Écrite par David Harrower. Reprise au théâtre Prospero cet automne, jusqu’au 23 septembre.

Voilà une pièce profondément troublante, qui heurte et fait réfléchir.

Pour de plus amples renseignements

Clotaire Rapaille, l’opéra rock… au Zoofest

On est en 2045. Le Québec est indépendant et ses différentes provinces ont soif de popularité, de succès. Clotaire Rapaille est emprisonné, mais tout juste avant sa mise à mort [apparemment, on a renoué avec la peine de mort? Hum hum.], il réussit à s’en sortir.

Il ira donc offrir ses services à nos belles provinces : le Sherbrooke, le Granby, le Victoriaville, le Longueuil… ce qui s’ensuit est une kyrielle de rebondissements, tous plus drôles les uns que les autres. D’une absurdité décapante. Victoriavillopolis, vous connaissez? La ruée vers l’or blanc? Non? Si Clotaire fait un tour par chez vous, courez le voir. C’est jouissif.

La première heure est plus hilarante que la seconde, soit, mais on rit quand même jusqu’à la fin. Les dialogues de ce spectacle sont comiques à s’en taper sur les cuisses. L’absence de décor ou de costumes ne se fait jamais sentir, tant les acteurs sont convaincants (Tout particulièrement Virginie Morin. Absolument géniale, cette fille!) et l’action se déroule rapidement.

Autre point très fort du spectacle, toutes les chansons sont entraînantes et livrées avec aplomb. Navet confit a fait un travail sublime pour la musique de cette « pièce musicale ». On souhaite de tout coeur un CD ou, à tout le moins, une version numérique!

Malgré tout l’humour présent dans le spectacle, un message ressort de cet « opéra rock » : si on croit ce que l’on nous dit sans se poser assez de questions, ben, inévitablement, on se fait fourrer. Dans le même ordre d’idées, « hon, j’ai pas fait exprès, donc je n’ai pas à me sentir responsable », ce n’est pas acceptable et ça ne devrait pas l’être non plus. Il faut assumer les conséquences de nos actes, dans la vie. Difficile de s’obstiner avec ça, non?

Octobre 70 : rester quelque peu sur sa faim…

Source : FTA

 

Du côté de la scénographie, on est servis dans Octobre 70. De grands échafaudages contiennent tous les spectateurs, sur trois étages, de telle sorte qu’on regarde l’action se dérouler d’en haut, un peu comme si on était dans un hélicoptère. Peut-être pour créer une certaine distance… c’est vrai que c’est un peu déstabilisant au départ. Cette configuration permet également l’utilisation ingénieuse et juste assez présente des projections vidéo, très utiles pour faire progresser le récit.

Avant de m’attarder à la pièce elle-même, je dois bien admettre que je ne connais pas suffisamment cette parcelle de notre histoire…  j’espérais en apprendre un peu plus sur cet événement d’octobre 70. Bien entendu, d’autres personnes vous diront qu’elles n’auraient pas aimé la présentation d’un trop grand contexte. Mais, bon. Personnellement, j’aurais apprécié qu’on m’explique un peu plus en détails l’enlèvement de James Cross, de même que les étapes préliminaires à l’enlèvement de Pierre Laporte.

Parce que dans Octobre 70, la pièce, on est plongés directement dans le vif du sujet. L’enlèvement. L’attente de nouvelles du gouvernement. Les communiqués. Les bulletins spéciaux. Les négociations. La fin. Une heure vingt de jeu, que j’ai trouvé un peu inégal. Certains semblent surjouer, d’autres sous-jouer. Ça donne des scènes en dents de scie, parfois. Un des hommes dit avoir 19 ans, mais il me semble qu’il a l’air d’en avoir 32… cet élément m’a paru peu crédible. Sinon, côté reconstitution, les objets m’ont paru très bien choisis, meubles, vaisselle d’époque, alouette. L’utilisation des archives est aussi parfaite, c’est chouette d’entendre ces bulletins spéciaux : ils donnent une bonne impression de l’ambiance qui devait régner dans les rues, hors de la maison, en somme.

Un autre élément que j’ai trouvé très réussi, c’est le questionnement des personnages. « Va-t-on vraiment faire ça? Devrait-on le faire? Devrait-on prouver la vigueur de nos convictions en commettant ce geste irréparable? » Inévitablement, ça devait ressembler à ça. Même si ça me semble un peu absurde et irréaliste d’en arriver là et surtout de parvenir à ce dénouement, on ne réécrit pas l’histoire ici. C’est tout à fait fascinant de voir des gens rejouer ce questionnement, il me semble. De tous les côtés où je peux imaginer cette situation, c’est tellement fou, tellement loin de ce que j’arriverais à faire, même pour une cause à laquelle je crois profondément. On en ressort un peu ébranlés. C’est justement ce qui est décevant, on n’est « qu’un peu » ébranlés. J’aurais bien voulu l’être encore plus…

Les lettres arabes : catharsis

Par Trois tigres pas si tristes que ça…

Deux personnages principaux. Deux auteurs. Deux acteurs. Deux metteurs en scène. Tous les mêmes. Symbiose. Réussite.

La pièce raconte l’histoire de Mouloud et de Rachid, qui « badtrippent » solide, en France. Ils sont Français; leurs parents étaient immigrants. Pourtant, de l’avenir que leurs parents décrivent, ils ne voient rien. Niet, nada. Ils ne voient qu’un futur de ramasseurs de chiottes. Et du feu. Le feu qui brûle leur banlieue parisienne.

Forts de leur jeunesse et de leur naïveté, ils décident de partir. Ailleurs. En Amérique. Comme tout le monde (c’est eux qui le disent, pas moi). Par un drôle de hasard fantastique, ils se retrouvent à Montréal. Ils y retrouveront peu à peu des trucs qui ressemblent à ce qui se passe chez eux. D’un autre côté, ils seront très impressionnés par ce qu’ils découvriront ici. Assez pour se transformer en poètes par moments.

Ces observateurs venus d’ailleurs permettent de mettre le doigt sur des trucs qui clochent dans notre société. Et par leurs simagrées, de « gratter le bobo ». Accommodements raisonnables, STM, racisme, beaucoup de choses y passent.

Les lettres arabes, c’est vraiment comme un film méga rigolo qui passe très vite. Un film rigolo, mais qui trouve le moyen de parler de choses sérieuses, déprimantes même. Par contre, on en parle avec humour. Et Mouloud et Rachid beurrent épais. Du coup, on est prêts à en accepter beaucoup plus. On rit, on se tape sur les cuisses. Et après, on réfléchit. ÇA, c’est du théâtre. Une des très bonnes pièces de la saison 2010-2011. Si ça passe en tournée près de chez vous, ne les manquez pas!

Jusqu’au 21 mai à Espace libre.